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Yuka, yes you scan !

Véritable phénomène de société, l’appli Yuka permet en scannant le code barre d’un produit d’en connaître le profil nutritionnel, elle a été téléchargée 10 millions de fois en deux ans, preuve, s’il en est encore besoin, de l’intérêt des consommateurs pour décoder les étiquettes des produits alimentaires et savoir ce qu’ils mangent.

Il y a un chiffre en revanche que rechigne à communiquer la société Yuca, créatrice de l’appli du même nom (avec un k), c’est le pourcentage d’utilisateurs actifs versus les inactifs qui se sont lassés de scanner les produits, comme dans tout effet de mode. Et si ce n’était pas le cas d’ailleurs, il y aurait embouteillage dans les allées de nos supermarchés.

En effet, même si l’application est très ludique et facile à utiliser, il faut bien reconnaître qu’il est assez fastidieux de scanner tous les produits avant de les mettre dans son charriot. D’autant que pour certains rayons (les gâteaux pour enfants en premier lieu), c’est rouge ou orange à chaque fois donc mauvais pour la santé. On passe son temps à scanner puis reposer les marques préférées de nos enfants pour finir par leur céder avec un sentiment de culpabilité, les alternatives bio n’existant pas toujours ou les attirant peu.

A l’usage, pas simple donc d’arbitrer ses achats alimentaires sur les seuls critères nutritionnels. A titre d’illustration, voici un conseil donné pour les pizzas dans le dernier hors-série Bio de 60 millions de consommateurs : « bio ou non, choisissez des pizzas avec moins de 10g de lipides et, si possible, plus de protéines que de lipides… », un conseil diététique sûrement avisé mais difficile à mettre en pratique en faisant ses courses. 

Or, l’ambition des créateurs de Yuka est d’« améliorer la santé des consommateurs par des meilleurs choix » et de « conduire les industriels à améliorer leur offre de produits ».

Sur ce dernier point, on peut affirmer que la jeune start up a réussi son pari : les industriels n’étaient en effet pas prêts et surtout pas habitués à se voir décerner des cartons rouges et des notes de 0 à 100.

A noter au passage, que l’industrie agroalimentaire a combattu et retardé l’application du Nutri-Score dans sa version actuelle et, pour finir, elle a reçu l’électrochoc Yuka, qui s’est engouffrée dans l’espace libre.

Rares sont aujourd’hui les entreprises qui ne prennent pas en compte les critères de l’appli n°1 pour reformuler leurs produits existants (remplacer un additif, baisser le sel, le sucre…) et élaborer leurs nouveaux produits pour qu’ils soient dans les clous des standards imposés par Yuka.

Des standards nutritionnels toutefois contestés par Serge Hercberg, Président du Programme National Nutrition et Santé et promoteur du Nutri-Score, qui critique un système de notation arbitraire « qui ne repose pas complètement sur des bases scientifiques »: voire l’article et la vidéo de Capital et l’encadré plus bas.

Du côté consommateurs, il n’est pas sûr que Yuka ait encore atteint son objectif, à savoir modifier les comportements alimentaires en profondeur car la grande majorité des consommateurs n’a pas renoncé aux produits gourmands gras et sucrés, même s’ils sont mal notés par l’application. Mais la prise de conscience nutritionnelle est là et Yuka a joué un rôle certain et continue de le faire avec ses conseils thématiques (e-mailing).

Principal écueil, l’application ne prend évidemment pas en compte le critère du goût, ce qui est tout de même gênant quand on parle d’alimentation. Les industriels (et pas des moindres) qui ont mis la barre toute sur le « nutritionnellement correct » au détriment des qualités organoleptiques, le constatent dans leurs ventes avec des consommateurs pas toujours au rendez-vous.

Un des principaux enseignements du baromètre 2018 (compte-rendu complet dans un article à venir) de l’agence française pour le développement et la promotion de l’Agriculture Biologique est que les consommateurs attendent une amélioration gustative des produits bio en général, ce qu’on peut résumer par la formule « bio mais bon ». Et cette amélioration gustative risque de passer, en partie du moins, par un ajout en gras et sucre. Attention donc au mouvement du balancier.

Les perspectives de la société Yuca

Un virage a déjà été entamé puisqu’elle propose des conseils nutritionnels, qui pourront même à terme être personnalisés (allergènes, diabète…).  

Une offre payante est aussi proposée pour plus de fonctionnalités, comme le scan en magasin sans connexion internet et plus d’historique dans les recherches de produits.

Enfin, l’extension de l’application aux produits cosmétiques et le développement à l’international ont nécessité une levée de fonds auprès de nouveaux actionnaires, comme l’explique la dirigeante de Yuca dans le podcast des Echos joint (à partir de la 27ème min) :


La notation Yuka, comment ça marche ?

Le système de notation de Yuka est basé sur 3 critères :
1. Les valeurs nutritionnelles selon les standards du Nutri-Score comptent pour 60% de la note,
2. Les additifs (qualité, présence, absence) comptent pour 30% de la note,
3. La certification bio compte pour 10% de la note


 En résumé : l’application Yuca a permis à des millions de consommateurs de simplifier (un peu trop disent les spécialistes) la compréhension des caractéristiques nutritionnelles des produits et a surtout imposé à l’industrie agroalimentaire d’accélérer la reformulation des produits, dans l’intérêt des consommateurs et de leur santé. Attention toutefois à ne pas aller trop loin en oubliant la dimension gustative des produits… alimentaires. C’est une vérité qu’il est bon de rappeler et ça tombe bien, ce blog s’appelle « Goûté Approuvé » !  

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